EDITORIAL

Pour cette troisième édition du festival Les Nuits Manouches nous avons construit notre programme autour de trois musiciens parmi les plus accomplis de la communautés manouche. Trois guitaristes de légendes au parcours exceptionnel et à la démarche originale. Trois personnalités qui symbolisent la diversité et la richesse de cette esthétique particulière du jazz.

Raphaël FAYS est un véritable pionnier, dès la fin des années soixante il est le premier animateur (avec Boulou Ferré) du renouveau du jazz manouche. Sa passion pour la guitare l’a amené à poursuivre ses recherches au delà de cette seule discipline. Très vite il devient un spécialiste de la guitare classique, non seulement en qualité d’interprète des grands classiques de l’instrument, mais également en qualité de compositeur. Ses œuvres classiques sont désormais mondialement reconnues et nombre d’entre elles ont intégré les méthodes d’apprentissage de l’instrument. En outre sa fascination pour l’Andalousie et sa rencontre avec Paco de Lucia l’ont conduit à devenir un animateur original de la scène flamenca.
Angelo Debarre est le symbole du second souffle qu’à connu le jazz manouche à la fin des années quatre-vingt. Il a su assimiler mieux que d’aucun les codes esthétiques de cette musique et acquérir une technique infaillible pour les mettre au service d’un langage propre reconnaissable entre tous. Son style se caractérise par une fascinante expressivité. Au delà de l’œuvre de Django Reinhardt qu’il pratique avec une jubilation évidente, Angelo Debarre a enrichi le répertoire manouche d’œuvres personnelles qui ne tarderont plus à devenir des standards.
Tchavolo Schmitt est le plus authentique et le plus fidèle des guitaristes reinhardtien. En un peu plus de quarante ans il est devenu une véritable légende, n’enregistrant que quatre albums personnels dont le premier seulement en 2000. Le culte et la flamme qu’il entretient autour de la mémoire de Django Reinhardt et de sa musique ont fait de lui le plus respecté des musiciens de la communauté. S’il rechigne à jouer et encore plus à enregistrer les oeuvres du maître c’est qu’il considère qu’il y aurait là une sorte d’hérésie et de sacrilège. Pourtant s’il est un musicien capable de restituer l’art authentique de Django Reinhardt, c’est bien Tchavolo Schmitt.

Notre festival ne serait pas complet s’il ne faisait la place aux musiciens de la nouvelle génération. Cette édition sera l’occasion de découvrir ou de revoir quelques jeunes prodiges tel que Steeve Laffont, Yorgui Loeffler, Costel Nitescu, Adrien Moignard…. sans compter les invités surprises qui viendront honorer de leur participation ces cinq soirées torrides.

Alain Raemackers, responsable éditorial du label Le Chant du Monde

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